Nuit humide et fraîche, idem pour la matinée (3°C), guère mieux à midi (5°C), du nettement mieux ce soir (10°C) avec en prime le soleil qui réapparaît.
Le long de la route qui nous conduit à Rovianemi, la forêt se fait plus civilisée, les habitations un peu plus nombreuses bâties avec de solides madriers, un renne à la fière ramure qui fait la course avec nous, mais il finit par tricher l'animal, il coupe par la forêt.
Un excellent repas au restaurant de l'école hôtelière, buffet de hors d'œuvre à volonté, soupe de renne et champignons, glace et café nous met dans une excellente condition pour visiter la ville. Elle a été entièrement détruite en 1944 par les Allemands et a été reconstruite sur un plan épousant une tête symbolisée de renne par Aalto, un célèbre architecte que certains de nos lecteurs doivent connaître, du moins ceux qui sont dans le métier ou les amateurs de mots croisés. Il a dessiné entre autre la bibliothèque qui nous fait regretter de rien saisir au finnois pour pouvoir s'installer tranquillement dans ce lieu superbe.
Après c'est le passage du cercle polaire arctique dans l'autre sens, le Napapiiri, le "village" du Père Noël, ou plutôt un ensemble de boutiques dans un décor un peu Disney. Le temps de deux, trois achats malgré tout, du courrier en direct du Père Noël, nous continuons un peu vers le Sud où nous allons retrouver de la nuit ! Pour être exact, le soleil se couchera vers 23h50, se lèvera à 0h10 (heure solaire et heure officielle se confondent ici, la Finlande ayant une heure de décalage), ce qui ne nous promet guère d'obscurité.
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samedi 14 juin 2014
Rovaniemi
vendredi 13 juin 2014
Levi
Le beau "coucher de soleil" (nous sommes toujours au-delà du cercle polaire, il n'y a donc pas de nuit) d'hier soir a laissé en héritage une journée de pluie. La Finlande sait aussi être triste sous la pluie.
La route coupe tout droit à travers l'immensité de la forêt, qui malgré tout présente des nuances pour peu qu'on s'en donne la peine de les chercher. Parfois, un hameau de une à dix maisons maximum, dont l'un, Pokko affiche ostensiblement son record de froid (-51,5°C), avec quelques parcelles déboisées donnant ainsi un peu de jour. De gros troupeaux de rennes nous regardent passer. Et puis après une centaine de kilomètres la route laisse place à une piste pour les cinquante derniers kilomètres, piste bien damée certes, mais glissante sous la pluie.
Retour à la civilisation dans la station de ski la plus importante de Finlande, mais le plafond est bas et nous ne distinguons que le pied de la montagne qui culmine royalement à 700 mètres. Et comme toutes les stations de ski hors saison sous la pluie, Levy paraît bien morne, malgré la superbe forêt, celle-là a un petit côté alpin, qui l'entoure.
jeudi 12 juin 2014
Lemmenjoki
À travers la forêt dont le sol est entièrement recouvert de plants de baies diverses et de fleurs subarctiques que nous commençons à identifier, le long de lacs, quelques uns parmi les presque 200 000 du pays, par un sentier parfaitement balisé, des passerelles pour franchir les tourbières, au bout d'une bonne heure de marche, une église en bois datant de plus de 200 ans, isolée de toute habitation. Enfin presque car il y a tout ce qu'il faut pour faire du camping sauvage organisé : refuge avec cuisine, abri pour barbecue, réserve de bois conséquente, toilettes sèches et sauna face au lac pour pouvoir s'y jeter après avoir bien sué. À notre retour, petite discussion avec un couple de Finlandais qui ont l'air d'apprécier le petit verre de rosé qu'on leur offre.
Pour pénétrer encore plus cette forêt, petit tour en bateau sur le fleuve. Soyons précis, il s'agit plutôt d'une pirogue qui dessert quelques pontons où descendent ou montent des gens, comme dans un vulgaire autobus. La plupart de ces passagers vont ou reviennent de passer quelques jours dans une cabane au bord du fleuve, complètement isolée. Parmi eux, un homme sentant le feu de bois de bouleau, un autre avec longue barbe et longs cheveux blancs à la tête de pionnier. Ça n'a rien d'étonnant puisque cette région a connu une ruée vers l'or à la fin de la seconde guerre mondiale. Pour autant, ce soir, nous ne serons riches que d'émotions nouvelles et de souvenirs.
mercredi 11 juin 2014
Inari (Finlande)
A-t-on vraiment passé une frontière ? Les mêmes paysages de forêts, de lacs et de tourbières, les mêmes habitations Same, ce qui est logique puisque nous sommes au Sápmi, le Finnmark en Norvège, le Lappi en Finlande, la Laponie pour nous, et elle s'étend également en Suède et en Russie.
La route est une longue ligne droite vallonnée, suivant l'ondulation du relief sablonneux. Quasiment aucune maison sur 80 kilomètres, sauf trois terrains de camping au milieu de nulle part et des Sami qui vendent du poisson fumé, plaisir auquel nous ne résistons pas en prenant un lavaret péché et fumé la veille, dégusté ce soir, en écoutant des joïks, chants traditionnels same.
Au bout de son lac, qui débute à la frontière russe, Inari, sa station service, son supermarché, le musée SIIDA, consacré aux Sami (visite très instructive) et le Sajos, le parlement des Sami finlandais.
Quelques tours de roues en forêt le long des pistes pour motoneiges, quelques pas également avec force moulinets de bras pour éloigner moustiques et autres bestioles volantes non identifiées (les célèbres BVNI), Sylvie les yeux au sol pour en observer les différentes fleurs, souvent inconnues chez nous, comme cette "Dryas octopetala" (nom savant en latin), ou lapinvuokko, en finnois si vous préférez, bien que la langue soit ardue, et notre petit tour au supermarché, pour acheter entre autre du répulsif aux BVNI, nous a souvent laissés dans l'expectative devant le nom des produits. Vive les images, car on se sent un peu analphabètes.
mardi 10 juin 2014
Karasjok 2
La vie de trappeur lapon est faite pour nous. Que demander de plus pour un bivouac ? On a même eu de la compagnie.
Ķárášjohka - Karasjok
Un dernier soleil de minuit sur le fjord (plus on approche du sostice, plus il est sur l'horizon à minuit) comme pour dire au revoir à la mer avant de nous enfoncer dans les forêts de Laponie. De fait, les paysages changent totalement, les montagnes s'adoucissent au point de devenir que collines, la forêt reprend ses droits, les bouleaux sont plus droits et plus feuillus, des pins de plus en plus nombreux les accompagnent, des rivières débordent de leur lit puis paressent dans des lacs. Bures boahtin til Sápmi (Bienvenue au pays des Sami). Les noms de lieux s'affichent en trois langues, norvégien, sami et finnois.
À Karasjok, un musée très intéressant créé, géré et tenu par des Sami, nous apprend beaucoup sur leurs coutumes, leur mythologie, leur mode de vie, à l'ancienne ou la migration des rennes imposait le nomadisme, et moderne où la motorisation a permis la transhumance en camion et bateau et le motoneige a permis de surveiller les troupeaux et de rentrer chez soi le soir. Sylvie s'essaiera sur les peaux de rennes dans l'intérieur enfumé du lávvo, et Georges, après avoir stupidement essayé à la John Wayne, arrivera à lancer son lasso sur des bois de renne une fois qu'on lui aura montré le geste.
Il y a aussi le parlement same, ainsi qu'une librairie exceptionnellement dotée pour tout ce qui concerne leur culture, dans un très beau bâtiment moderne, reprenant la forme du lávvu, la tente traditionnelle. Une vieille église en bois du XIX° siècle a survécu à l'incendie provoqué par les Allemands en 1945. Sinon, rien de particulier dans cette "ville" de 3 500 habitants dont 90% de Sami, pompe à essence et supermarché, mais il faut bien dire que les Sami n'ont pas vraiment une culture urbaine.
Une promenade en forêt, dans des sous-bois sablonneux, où poussent, à la saison, myrtilles, airelles, baies de genévrier et champignons pour se donner le frisson à l'idée de croiser loups ou gloutons à la recherche de proies faciles, rennes malades ou faons qui se régalent de lichens.
C'était notre dernière nuit en Norvège.
lundi 9 juin 2014
Lakselv
Le vent a soufflé méchamment cette "nuit", plutôt fraîche, mais n'a pu dissiper la brume, et l'océan ourle d'écume le pied de la falaise. À peine avons-nous quitté le plateau du Cap Nord que le soleil tente une réapparition, qui illumine ainsi Skarsvåg, le port de pêche le plus septentrional au monde. Une route d'une vingtaine de kilomètres dans la toundra enneigée où les ruisseaux se fraient un passage en force, la caillasse où des lacs bleutés de glace comblent les creux, et l'arrivée brutale sur un petit fjord, et son inévitable petit port, Gjesvær, dans une position à priori inconfortable puisque ouvrant aux vents dominants d'Ouest, heureusement abrité des coups de vent de l'océan par l'île de Storstappen, refuge de colonies entières de macareux, de fous de Bassan, et bien d'autres encore. Le soleil revenu, à l'abri du vent, loin des flots de touristes du Cap Nord, nous en profitons pour perdre notre temps dans la rue unique du village et à l'atelier de conservation du poisson qui embauche de la main d'œuvre lituanienne. D'ailleurs, nos narines ont vite fait de détecter l'odeur de la morue qui sèche, celle-ci étant d'autant plus forte que le séchage a commencé depuis peu.
Au Sud du fjord de Porsanger, des Trolls ont été bien imprudents, et la lumière solaire les a pétrifiés pour l'éternité. Ces concrétions dues à l'érosion et à la protection d'une pierre plus dure est unique en Norvège, car le calcaire y est rare.
Comment est-il possible que ce matin nous étions dans l'obligation d'allumer le chauffage et de garder toutes les vitres fermées, alors que ce soir, nous gardons aussi les vitres fermées pour éviter l'invasion de moustiques, et suffoquer, ce qui finalement nous contraindra après notre dîner à "déménager".