L'ascension est aussi fériée en Norvège, et il est quasi impossible de trouver un commerce ou un service ouvert, et donc une connexion, et les Norvégiens profitent de cette journée pour se retrouver en famille, dans des fêtes plus ou moins somptueuses, comme en témoignent ces femmes en bunad (costume traditionnel) accompagnées de leurs hommes vêtus élégamment, venus fêter leur aïeule.
Il serait présomptueux d'établir un classement du plus beau village des Lofoten, chacun ayant son charme particulier. Leur point commun est de se situer au creux de la montagne, au fond d'un fjord, apportant des taches colorées au sombre de la falaise, et sentant la morue, les étendoirs s'étendant sur des dizaines de mètres carrés.
Å et son bric à brac de pilotis supportant les rorbur à même le rocher, Reine dans son cirque glaciaire et son activité ( les "trieurs" sont à l'oeuvre, ceux qui savent distinguer parmi les milliers de morues séchées selon des critères bien précis, incompréhensibles aux béotiens que nous sommes), Nusfjord et ses vieux rorbur, ses pontons anciens et nouveaux, créés par des étudiants de l'école d'architecture d'Oslo.
Il y a aussi les bleus d'une incroyable diversité de l'eau des fjords, que l'on pourrait penser réservés à d'autres latitudes et qui donnerait envie de plonger si ...
Il y a aussi le musée viking où une ferme seigneuriale a été rebâtie à côté de traces de la ferme ancienne, prouvant que ces hommes du Nord n'étaient pas que ces guerriers brutaux, mais aussi de redoutables commerçants, des artistes en orfèvrerie, ébénisterie, poésie, sans oublier bien entendu leur talent exceptionnel de marins. Ce fut pour nous aisé de comprendre, la guide étant française, et nous avons quelque peu disgressé pour parler avec elle des particularités éducatives norvégiennes.
Nous sommes maintenant face à la mer, face au soleil sachant d'avance que celui-ci refusera de plonger dans l'autre. C'est officiel, il n'y a plus de nuit! Nous ne sommes pas les seuls à guetter ce moment : des aigles de mer (des pyrargues ?) plantés sur des rochers de leur oeil acéré cherchent la morue désirée.
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vendredi 30 mai 2014
Kvalnes (côte nord des Lofoten)
mercredi 28 mai 2014
Å (Lofoten)
Toujours ce soleil radieux, qui ne se couche plus vraiment, qui nous chauffe à n'importe quelle heure de la journée, et de la nuit, qui laisserait penser que le nord norvégien peut être un lieu de villégiature formidable, haute montagne et océan réunis.
Un peu au nord de Bodø, dans un paysage grandiose de lacs, de montagnes et de fjords, où nous avons passé la nuit, de nombreuses huttes, dont certaines seulement accessibles en bateau, attendent leurs propriétaires qui y viennent passer la soirée. Il faut dire que celle-ci est longue, la journée de travail finissant vers 16 heures, et la nuit, et bien il n'y en a pas! Ce sera aussi l'occasion de faire une belle balade à pied, sur ces vieilles pierres, rondes et polies, où il est si agréable de poser ses pieds, dans un cadre magnifique dévolu, et nous n'avions jamais vu ça, au "dressage" des chiens, c'est à dire qu'ils ont cet espace pour eux et leurs maîtres. Et dans ce monde minéral, chaque faille entre les dalles est l'occasion pour des rhododendrons, des genévriers, des bouleaux rabougris et des fleurs dont on ne connaissait l'existence de profiter de l'été, plutôt court à cette latitude, pour accomplir tout leur cycle reproductif.
Le ferry passe dans des chenaux, qu'heureusement le capitaine maîtrise, accède au large, néanmoins barré par les éperons blancs des Lofoten. Au fur et à mesure de notre approche, par l'effet du contre jour, la falaise se fait menaçante, et à son pied, dans des lieux improbables, on devine les taches rouges des rorbur, ces cabanes de pêcheurs si caractéristiques des Lofoten.
Les Norvégiens sont des gens si organisés qu'ils ont appelé le village à la pointe sud-ouest de l'archipel, en quelque sorte la première, Å (prononcer o) où nous prenons à plein nez l'odeur des morues qui sèchent au vent, et au large, deux orques batifolent.
Bodø
Quelle précision dans les prévisions météo ! Et c'est un soleil radieux (très tôt, vers 3 heures), un ciel immensément bleu et le troupeau de rennes qui nous accueillent au matin. En prime, petit déjeuner dehors, à 6 heures, et tout cela quasiment au cercle polaire!
Il ne faut pas perdre de temps, le ferry nous attend, et c'est sur son pont que l'on observera sur le promontoire d'un îlot, un globe terrestre métallique symbolisant cette ligne, que tout le monde sait imaginaire, mais combien mythique et désirée, le cercle polaire annoncé par le capitaine. Nous voilà en Arctique!
Un autre ferry peu après, et nous sommes transportés en haute montagne, pics enneigés, parois vertigineuses, glacier descendant jusque dans la vallée, à presque toucher l'eau. Et au milieu de cette eau d'un bleu parfait, un cargo ! Ce n'était pas un lac de montagne, comme on peut en trouver en Autriche, non, mais la mer qui pénètre profondément dans les terres par les fjords.
Et puis en quelques kilomètres, on longe la mer avec à l'horizon, un chapelet inouï d'îles, et tout au fond, la barrière enneigée des Lofoten. Des phoques s'ébrouent à quelques encablures du bord.
Peu avant Bodø, un pont enjambe le passage le plus étroit du fjord, et ce rétrécissement entraîne à chaque marée, montante ou descendante, un courant impressionnant qui se creuse sur chaque côté de tourbillons, des maelström.
Bodø n'a rien de particulier, hormis que ce soit le point de départ des bateaux pour les Lofoten.
mardi 27 mai 2014
Kilboghamm
Il vous sera sans doute difficile de situer Kilboghamm sur un atlas ; c'est surtout le point de départ d'un ferry qui nous fera traverser demain le cercle polaire. Nous bivouaquons (lundi 26 mai) dans une prairie où paissent bien paisiblement des rennes. On en a vu plusieurs fois aujourd'hui, ça va devenir habituel. Ce fut aussi journée ferry : trois aujourd'hui, pour un temps cumulé de 2 heures. C'est souvent le seul moyen pour continuer sa route, route qui longeait le Sjonafjord, superbe, cerné de montagnes enneigées, de rives quasi bucoliques par endroits, franchement austères à d'autres. Et ces maisons rouges un peu partout, même là où le seul moyen d'accès est le bateau.
La Norvège est un pays riche, on le sait, mais aussi qui sait proposer une offre culturelle importante, et un musée, consacré à un poète norvégien du 17ème siècle, totalement inconnu hors des frontières, a été dessiné par un prestigieux cabinet d'architectes (celui qui a dessiné l'opéra d'Oslo) qui n'a pas hésité à couper littéralement la montagne pour y insérer le bâtiment ! Et puis toutes ces sculptures dans chaque petite ville ou village.
lundi 26 mai 2014
dimanche 25 mai 2014
Brønnøysund
Le respect du dimanche et des horaires est une vertu norvégienne ; contrairement à ce qu'affirme le guide bleu, le musée de Rørvik consacré à la culture côtière est bien fermé le dimanche, et quand le ferry part à 10h30, c'est vrai, et à 10h32, lorsqu'on arrive à l'embarcadère, on ne verra que le cul du bateau!
Une heure d'attente donc, mais quelques kilomètres après le débarcadère, attentif à la conduite et en particulier, comme le suggèrent les panneaux, à la traversée d'élans, ne voit on pas trois bêtes de cette espèce juste sur le bord de la route !
La route 17, surnommée route des îles, longe les fjords, saute d'île en île par de nombreux ponts dont certains audacieux, fait alterner cultures et zone pelée, forêts et rochers, passe sans prévenir du bord de mer à la montagne (toute relative, à peine 700 mètres d'altitude, mais couverte de neige), et nous mène à Torgatten, cette falaise abrupte percée d'un trou assez conséquent, et de l'autre côté la mer constellée de myriades d'îlots en forme de langue de chat.
Nous aurons aussi vu furtivement un chevreuil (?) plutôt agile escaladant la falaise, et l'express côtier quittant le port de Brønnøysund.
Halte dans un camping (c'est journée lessive et douche complète) qui s'étend sur plusieurs hectares, où il y a 6 camping car, mais chez ces nouveaux nomades, il faut croire que l'instinct grégaire est vivace au vu de la proximité où ils se sont installés.
Rørvik
Le ciel a décidé de s'écouler sur nos têtes ce matin (samedi 24 mai). Les nuits commencent à être courtes, environ 4 heures.
Le long du lac de Snåsa, sur les pierres polies par la rivière Bøla, des hommes ont dessiné il y a environ 4000 ans, et parmi ces peintures rupestres, on peut apercevoir un ours, un oiseau, un skieur, et voir très nettement un renne.
Et quel bonheur de le voir s'incarner quelques kilomètres plus loin : nous avons vu nos premiers rennes, une demi douzaine qui traversait la route bien paisiblement. La grue, aperçue peu après dans une prairie, restera presque anecdotique.
Passé ce lac, le paysage se fait plus sauvage. Les sapins ne grimpent pas bien haut, les bouleaux, sans feuilles, sont bien chétifs, la bruyère est encore brûlée par la neige, et dès que la route s'élève un petit peu, la forêt disparaît. Nous avons un avant goût de la taïga et de la toundra.
La route s'abaisse assez brutalement vers la mer, saute d'îles en iles par des ponts ou des ferries, et l'attente à un de ces ferries est "agrémenté" par de jeunes Norvégiens qui utilisent leur voiture comme une boîte techno! Tout vibre!
Heureusement, le ciel se dégage et du bleu apparaît. Peut être que ce que l'on a pris pour de la musique techno sont des chants chamaniques (la Laponie n'est plus très loin) censés éloigner la pluie.
Le pont au dessus de Rørvik montre un port, des bâtiments plus ou moins concentrés autour de ce port, et autour c'est le royaume du minéral, croupes polies de granit. L'Arctique nous envoie ses premières images.