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samedi 7 juin 2014

Nordkapp

Une fois le tunnel franchi, bien à l'abri au Sud, le port de Honningsvåg, escale bien utile de l'express côtier, parfois en hiver seul moyen de communication, et aussi pour déposer ses touristes qui veulent atteindre le Cap Nord.
La route est grandiose, on grimpe et des vues superbes sur la mer qui nous environne, on redescend et les rennes regardent passer les voitures et les coureurs ou marcheurs à pied, qui en ce samedi de Pentecôte, relèvent le défi de la course du Cap Nord, 35 kilomètres tout de même avec des pentes à 9%, par une petite température de 6°C, plus basse en ressentie avec ce petit vent frisquet.
Un dernier arrêt au départ de la randonnée prévue avant notre départ, mais empêchée par une bonne épaisseur de neige.
Et le Cap Nord, le toit de l'Europe, le septentrion continental, qui plonge de 300 mètres dans les eaux glaciales de l'océan Arctique, séparant mer de Norvège et mer des Barents, à "seulement" 2000 kilomètres du pôle Nord, alors qu'il y en a deux fois plus pour chez nous à vol d'oiseau, sa météo fantasque qui le couvre très fréquemment de brume, la froidure garantie. Bien sûr, il y a cet immense parking au prix délirant, ce centre touristico-commercial, mais qu'importe le flacon du moment qu'on ait l'ivresse. Et l'on ne résiste pas au plaisir de se photographier devant le globe qui matérialise le lieu, on se plante face à l'océan en espérant une éclaircie pour profiter du soleil de minuit, on est comme des gosses heureux de ce qu'ils ont fait, on ne s'en lasse pas, on se projette à demain pour une exploration plus complète de l'île, et on se dit qu'on retrouvera bientôt le soleil, le ciel bleu, la chaleur (ça ne fait que 12 heures qu'on les a perdus) puisqu'à partir de demain, quoiqu'il en soit, c'est route vers le sud.

Sur la route du Cap Nord

Tout de suite après Alta, la E6 s'élève le long d'une rivière qui roule des eaux tumultueuses, puis débouche sur un long plateau de désolation, de beauté sauvage, désert blanc et d'herbes jaunies, où coulent de furieux ruisseaux au milieu de congères. Surgies de nulle part, des maisons, toute petites, de couleur verte, plus ou moins rassemblées, et un peu à l'écart, une église qui semble bien seule dans cette immensité blanche. Sur un parking, ces motoneiges attendent leurs pilotes, de même que le faisceau de troncs de bouleau attend une toile. La brume confère un peu plus de monotonie et de poésie à cet envoûtant paysage.  Le plateau s'incline vers le fjord, les rapides accompagnent la route, les arbres retrouvent place, et même vie à en croire leurs petites feuilles.
C'est ici que nous quittons la E6 qui continue sa route vers Kirkenes à la frontière russe. Plein nord, le long du fjord Porsanger qui n'en finit pas, route coincée entre la falaise millefeuilles et la mer, et quand il y a un peu d'espace entre les deux, celui-ci est aussitôt occupé par quelques maisons, de pêcheurs ou d'éleveurs. Et puis cest un vrai festival de rennes, de tout âge, avec des bois fiers ou têtes nues, et blanc de pelage, sauf les faons, marron. Quand l'espace est trop étroit, ce sont de longs tunnels, et le denier passe sous la mer pour atteindre l'île de Magerøya.

vendredi 6 juin 2014

Alta 2

L'informatique a des raisons que la raison ignore, et la photo des rennes n'a pu être postée. Le mal est réparé.

Alta

La conduite sur la E6 requiert de la part du conducteur une grande attention, en raison du nombre légèrement croissant de campings car, c'est la seule route pour le Cap Nord et il approche, et surtout du comportement un peu moutonnier des rennes domestiques qui paissent tranquillement mais qui décident au dernier moment de traverser. Les rives de l'Altafjord sont le point de rencontre de deux "mondes". L'un est celui des riverains, éleveurs de moutons dans de grands enclos ou pêcheurs, pour la plupart "norvégiens", l'autre est celui des nomades Sami qui assurent la transhumance des rennes, fuyant l'été l'intérieur infesté de moustiques et de taons qui rendent fous les rennes pour les rivages où le vent marin chasse ces insectes indésirables et ou l'herbe est bien verte. D'un côté les maisons peintes et coquettes, de l'autre des campements provisoires.
Au fond du fjord, à Alta, il y a entre 8000 ans et 4000 ans, déjà se rencontraient le monde des chasseurs et celui des pêcheurs où de nombreux échanges commerciaux, culturels et cultuels se produisaient. Ainsi, ces hommes préhistoriques ont laissé en héritage ces incroyables gravures rupestres, faussement naïves, au symbolisme fort. Les rennes, les élans, les ours sont dessinés, mais aussi le monde de la mer avec poissons, baleines, marsouins, et le travail des hommes, chasseurs ou pêcheurs avec leur bateau, qui leur permettait aussi de gagner le monde des esprits. Et de voir ces femelles rennes avec leur faon dessiné dans leur ventre pour suggérer leur état, les bateaux avec des têtes d'élan en figure de proue a quelque chose de profondément émouvant. (La peinture rouge a été ajoutée pour améliorer la lisibilité).
La ville d'Alta se résume à des parkings cernant des centres commerciaux, ce qui n'a rien de bien charmant, mais sans doute jalouses de l'aura de Tromsø, les autorités ont fait construire une cathédrale résolument moderne, dont la flèche grimpe haut dans la journée sans fin ou dans la nuit polaire. 

La rivière Alta roule ses eaux violemment, mais cela n'effraie pas les pêcheurs de saumon, la plus belle rivière à saumons de Norvège paraît-il, qui affrontent les courants sur leur bateau effilé, heureusement mû par un moteur de nos jours. 

Øksfjord

Ce jour, jeudi 4 juin, nous a vus entrer en Finnmark, le pays des Sami (la Laponie - le qualificatif "lapon" est péjoratif), toujours avec ciel bleu, soleil continu et chaleur. Le Cap Nord se rapproche ! On croise sur la route de plus en plus de pick-up, dans les jardins se dressent des troncs de bouleaux en forme de pyramide que cache parfois une toile, parfois des visages aux yeux en amande (les Sami auraient la même origine que les Inuit), des mots avec plein de a ou de u souvent doublés (leur langue est proche du finnois). Et sur la route, des traces de campement, cabanes précaires, caravanes avec les motoneiges sur les côtés, troupeaux de rennes domestiqués, comme en attestent les cloches ou les colliers qu'ils portent autour du cou. Par contre, pas de costume traditionnel; voit-on des Bigoudènes en coiffe dans tout le Finistère sud?
À l'embouchure de l'Øksfjorden, l'express côtier corne avant le départ. Le bateau date des années 1960, et le voir virer dans ce magnifique fjord encadré de montagnes recouvertes de neige, a quelque chose de magique et de nostalgique. Plusieurs fois, à des petits ports, on aurait juré voir l'Aurore emmener Tintin et tout l'aréopage qui l'accompagne pour gagner l'Etoile mystérieuse.
Nous nous installons au bout de ce fjord, parmi le pépiement des huîtriers pies, apparemment inquiets de notre présence, le cancanement pépère des eiders et le grondement des cascades, qu'aucun pourrait confondre avec un sordide roulement autoroutier un jour de Bison futé noir.

jeudi 5 juin 2014

Storsett

Ce matin, soleil et chaleur sont au programme, et lorsque nous arrivons sur le ferry, la petite brise de mer est prise comme bénédiction. Les Alpes de Lyngen sont quasiment coupés en deux par le fjord Kjosen, donnant ainsi aux rives nord et sud, le spectacle grandiose des montagnes plongeant dans l'eau, l'une étant plus austère que l'autre.
À Lyngseidet, après avoir été reçus comme des rois à l'office de tourisme par une charmante Suédoise de Stockholm, nous attaquons sur ses conseils la randonnée du jour. Et nous voilà grimpant tranquillement par un sentier bien tracé en sous-bois, prenant garde d'éviter les ruissellements dûs à la fonte des neiges, neige que nous n'allons pas tarder à trouver, et grimper dans une combe couverte de neige n'est pas chose aisée. Après quelques efforts soutenus, nous arrivons à notre but, un refuge, bien sûr rouge, aussi rouge que nos visages, effets conjugués de nos efforts, du soleil, de la neige et de la chaleur. La descente sera plus rapide.
Un autre ferry, avec une certaine émotion car c'est notre dernier (à moins d'une fantaisie qui nous prendrait au Danemark ou en Allemagne), et nous retrouvons la E6 que nous avions abandonnée à Trondheim pour des routes de traverse.
La chaleur a un autre inconvénient bien réel car les moustiques se réveillent, ce qui na pas l'air de gêner les biathlètes qui s'entraînent au tir sur leurs skis à roulettes.
PS : un petit détour par Wikipedia nous a confirmé qu'il s'agissait bien d'eiders et d'un lagopède des saules.

mercredi 4 juin 2014

Tromsø

Des plages caraïbéennes sous un ciel parfaitement pur à Hillesøy, passage en hiver à l'altitude record de 144 mètres, descente vers le fjord où se niche sur son île Tromsø.
Il est assez inouï de trouver une telle ville, avec tous les services que ça implique, les commerces, l'animation, les presque embouteillages, les parkings hors de prix, à près de 70° de latitude nord. La température incroyablement douce anime rues et places, et les pelouses sont prises d'assaut par les étudiants. La ville, fait rarissime dans le nord norvégien, fut épargnée par les Allemands, mais qu'en partie par l'incendie de 1969. Ainsi vieux bâtiments en bois cohabitent avec des immeubles en béton et bardages de bois. Une visite fort intéressante, quoique controversée, du musée polaire à la gloire d'Admunsen et autres explorateurs polaires norvégiens, mais aussi avec des salles consacrées à la chasse à la baleine, aux phoques, aux ours blancs, aux renards polaires et aux bœufs musqués. De l'autre côté du pont, la cathédrale arctique, en V blancs renversés qui s'emboîtent comme rappel des sommets voisins, à l'épure quasi parfaite, au dépouillement monacal à l'intérieur si ce n'était des lustres un peu kitsch.
La chaleur, l'agitation urbaine nous accablent, et nous sommes heureux d'arriver en haut du Fjellheisen (vive le téléphérique !), de faire une longue promenade dans la neige, en manches courtes, et d'y rencontrer cet oiseau dont nous ignorons le nom, et que des spécialistes identifieront sans difficulté.
Le bivouac se fera un peu à l'écart, dans un paysage de toundra, où l'on dégustera avec un plaisir non feint, du saumon fumé acheté en ville, à un étal où l'on pouvait trouver du bifteck de baleine ou de phoque, et des œufs de goélands (? - måse en norvégien).

mardi 3 juin 2014

Botnhamm (Nord de l'île de Senja)

Sous un soleil éclatant, le ferry fend les eaux entre Andøya et Senja, et fort de notre expérience de la veille, nous scrutons la mer à la recherche du souffle, mais il faut bien avouer que nous sommes de bien piètres baleiniers. Heureusement, notre soif de découverte animalière sera comblée par ces rennes prenant le soleil sur la grève, un aigle jouant avec un oiseau plus petit qui semblait rejouer la fable de la grenouille et du bœuf, des phoques dans le port d'Andenes, un lièvre arctique de belle taille aux pattes arrières, oreilles, arrière train blancs,  puis ces gros canards bien duveteux, des eiders (aide des spécialistes pour confirmer ou infirmer).
Le ferry embouque un fjord, visible au dernier moment, et nous emmène sans problème à Gryllefjord, une des portes d'accès de l'île de Senja. Île surprenante, puisqu'il suffit de monter de quelques dizaines de mètres pour se retrouver en pleine montagne à la fin de l'hiver, l'adret ruisselant de la fonte des neiges, l'ubac encore tout enneigé, le fond de la vallée encombré par un torrent tumultueux qui se perd dans des lacs glacés au milieu de bouleaux nus et rabougris, puis finit dans le fjord bleu turquoise. Des passerelles audacieuses, dessinées par des architectes, permettent de surplomber ou de longer le fjord.
Et puis, à l'abri dans son fjord, un petit port de pêche encore très actif.
L'un d'eux, Husøy mérite que l'on raconte son histoire. Dans les années 1950, les autorités demandent aux habitants de cette région isolée et difficile à relier, de quitter leurs maisons moyennant compensation. Ceux-ci acceptent, mais avec l'argent obtenu décident de construire sur un îlot du fjord un port et un village de toutes pièces. Les maisons doivent être haubannées, et les images de ces maisons faisant le tour du monde, un élan de solidarité s'ensuivra, et avant internet!  et de nos jours, ce port reste tres actif, comme le prouve les agrandissements du port, les fermes piscicoles ou encore les séchoirs à morue, malgré les restes d'avalanche bien présents au-dessus de ces séchoirs.

dimanche 1 juin 2014

Andenes (Vesterhålen)

Une petite étape kilométrique, un  bond d'une vingtaine de kilomètres jusqu'au nord de l'île d'Andøya, mais une grande étape émotionnelle. Les rêves du capitaine Achab pourchassant sans relâche Moby Dick (d'autant plus que Melville, l'auteur, a situé l'action de son roman ici, à Andenes) à portée de main, ou plutôt d'œil. Le bateau nous attend, en ayant pris soin de nous habiller en conséquence, et nous voilà partis, cap au large, enfin dans le canal séparant Andøya et Senja, à guetter sur 360° un souffle annonciateur. Il faut bien avouer que le premier souffle nous a été indiqué par le capitaine (qui lui a deux jambes), et il approche lentement le navire sur son erre. On voit très nettement la "bosse", puis un corps qui émerge en partie, un corps imposant et long, et puis une énorme bouche, l'évent, d'où jaillit un puissant souffle. On ne se lasse pas du spectacle jusqu'à ce qu'un cri retentisse : diving, et de fait, elle plonge, droit vers le fond car elle a perçu une éventuelle proie, en sortant langoureusement sa nageoire caudale, provoquant une gerbe d'eau, la dresse bien droit, et dans un geste parfait s'enfonce dans l'eau. Quatre nouvelles fois ce même prodigieux spectacle, cette fois-ci notre œil plus exercé détectera le souffle, nous permettant de crier baleine à tribord ou à bâbord selon, et puis ce plongeon incroyablement gracieux que le capitaine anticipe toujours.
Une promenade sur le sable blanc le long d'une eau turquoise, avec en fond de décor, ces montagnes enneigées, pour nous remettre de ces très fortes émotions, qui nous ramènent dans l'enfance, comme toutes ces autres personnes sur le bateau qui se turent lors de la première baleine, en oubliant presque de prendre des photos.
Pour être tout à fait précis et un peu scientifique, le souffle se faisant par un seul évent, légèrement à gauche, il s'agit de baleines à dents, et dans le cas présent de cachalots, comme Moby Dick, on y revient toujours.

Skogvoll (Vesterålen) - samedi 31 mai

La brume a remporté la victoire, et la pluie refait son apparition. À Stokmarknes, un vieux courrier de la ligne Hurtigruten (la compagnie qui gère l'express côtier) est amarré à côté du musée consacré à cette ligne.
La route ouest de l'île de Langøya est moins sauvage que son homologue des Lofoten, mais dégage un sentiment paradoxal de sérénité et de désolation. Si l'on trouve, et sent!, encore quelques séchoirs, ils se font plus rares, et dans les eaux pures des fjords, de nombreuses fermes piscicoles.
À l'approche de la mer, le ciel rebleuit, la pluie cesse, les températures remontent. À Stø, à l'extrémité nord de cette île, la pêche semble encore active, mais quelle pêche, puisque toute cette partie de l'île a construit sa richesse sur la chasse à la baleine. D'ailleurs, les restaurants la mettent à leur carte. À 5 kilomètres par la mer, ou plutôt un peu moins de 3 milles marins, et à 30 kilomètres par la route, le port "fantôme" de Nyksund, abandonné dans les années 1950, ayant connu une renaissance 20 ans après grâce à un Allemand qui voulut créer une sorte d'Utopia, qui elle aussi a vécu. Il en reste un cadre exceptionnel au bout du monde.
Nous nous installons sur l'île voisine d'Andøya, face à la mer de Norvège, parmi les huîtriers pies, les mouettes tridactyles, des canards dont on ne sait quelle espèce, espérant voir des phoques, et face au soleil couchant qui ira flirter avec la mer, mais sans conclure. La chasse à la baleine reste présente au moins dans les mémoires, à voir les statues ou les canons à harpon dans les jardins.

Hadsel (Vesterålen)

Petite précision horaire. Sur la photo du soleil de minuit, l'heure indiquée n'est pas minuit! Normal, quand il est minuit (à la montre), il nest pas minuit (au soleil); il y 50 minutes d'écart entre les deux.
Ce matin, vendredi 30 mai, nous faisons grasse matinée. S'habituerait-on à la lumière permanente? Il faut dire qu'entre le soleil de minuit et les aigles, notre soirée fut longue. À notre lever, les sommets fixent les nuages et la brume de mer nous a vite envahis, refroidissant brusquement l'atmosphère. Mais il suffit de passer de l'autre côté des montagnes, sur la côte sud est, pour retrouver ce temps estival. Aujourd'hui sera une partie de cache cache entre brume et soleil, et la technique de l'oignon, enlever ou remettre des couches, les températures pouvant alterner entre 7°C et 22°C.
Toujours ces plages de sable blanc extrêmement fin, ces fjords aux airs de lagon, ces montagnes où l'on retrouve le Cervin, la Meije ou encore la dent du Requin, ces ports qui sentent la morue.
Henningsvær étale ses entrepôts et ses chantiers navals le long de ses pontons en bois, l'église de Gimsøy est haubannée, ce qui en dit long sur la force des vents, les montagnes surplombent Svolvær, paradis des varrappeurs, et sur la place du marché, les badauds en tee shirt dégustent une glace ou traînent sur les terrasses des cafés.
Un ferry (on en avait presque perdu l'habitude) nous conduit aux Vesterålen, les sœurs des Lofoten. Méfiants, la traversée ayant été brumeuse, nous attaquons la première des îles par l'est. Choix judicieux, et nous trouvons sans difficulté un petit coin pour le bivouac du soir, le fjord à nos pieds, et derrière les montagnes dont les pieds sont estompés par la brume comme un filigrane. Que rêver de mieux de pouvoir prendre le thé un 30 mai, dehors en manches courtes,  à 68°30'de latitude nord, soit la même latitude que le centre du Groenland, de l'Alaska ou encore du grand nord sibérien. Vive le gulf stream !